Aux origines de Bouzonville

Bouzonville a déjà fait l’objet de nombreuses études.
Faire une synthèse c’est faire des choix et essayer d’être au plus près de ce qui semble être vrai.

Aux origines des Bouzonvillois

Qui sont les premiers bouzonvillois ? Qui sont les premiers habitants de ce lieu ?
Pour les connaître, on ne peut que se fier aux recherches donc aux trouvailles faites dans le sol, c’est à dire les fouilles.

Les dernières en date font suite à des sondages, d’octobre 2003. Ils ont été faits sur la route de Sarrelouis à l’endroit prévu pour une future zone industrielle. Le rapport du service régional d’archéologie est parvenu en mairie en mars 2004. Trois zones sont ainsi gelées et non constructibles. Il n’y a pas d’autres fouilles plus approfondies en vue.

Dans le premier site, ont été retrouvés des poteaux et des fosses. Ces dernières contenaient des fragments de céramique (motif de bande hachurée – motif curviligne), une lame de silex, des fragments de meules, et un polissoir. Il s’agirait d’un habitat peu dense (2 maisons) correspondant à une occupation de courte durée. Le tout daté du néolithique ancien (rubané récent). C’est un site qui figure sur l’axe de communication entre la vallée de la Moselle et celle du Rhin.

Le deuxième site est situé à 40 mètres au sud du 1er. Il révèle des traces de poteaux qui appartenaient vraisemblablement à des greniers datés de l’époque du bronze final.

Le troisième site, plus à l’est vers ce qu’on appelle la route du sel, révèle un bâtiment d’habitation qui daterait de l’époque de la Tène, second âge du fer.
Ces trois zones d’occupation assez anciennes ne nous révèlent cependant pas combien de personnes ont habité ou sont passées là. Ces renseignements sont la « préhistoire » de Bouzonville.

Ce sont cependant les premiers Bouzonvillois qui ont vécu là et ils sont « celtes » comme les peuples européens de cette époque.

Les Romains ont également laissé des traces dans le sol local, Monsieur Jean-Pierre Prouveur a retrouvé de nombreux fragments de tuiles qui ne laissent aucun doute sur la présence des gallo-romains sur notre territoire. Une pièce romaine (350 après JC) à également été trouvé dans un jardin de la rue de Heckling. De ces premiers habitants, il reste des traces de vie pas de mort.

Il n’en est pas de même pour les suivants : les Mérovingiens. Un cimetière mérovingien de plus d’une centaine de tombes se situait à 500 m à l’est de la ville au lieu dit : »au-dessus des fours à chaux ». L’endroit est à peu près situé en face de l’Intermarché.

Une trentaine de tombes ont été fouillées à la fin du 19ème siècle. 236 éléments différents furent inventoriés mais le matériel est resté inédit même s’il a fait l’objet de quelques publications. Il en existe des photos. Les éléments les plus intéressants sont des bijoux féminins. Il y avait deux fois plus de tombes féminines que masculines. Ces habitants étaient des Francs, des barbares germains qui ont remplacé ou se sont intégrés progressivement aux gallo-romains. On a retrouvé les tombes mais pas les habitations.

Puis on arrive aux environs de l’an mil. Comme dans beaucoup d’endroits, les habitants ont quitté les hameaux des plateaux pour s’installer plus près de la rivière, plus près d’un passage sur la rivière. On connaît surtout le nom de deux personnes : Adalbert et Judith, les fondateurs de l’abbaye de Bouzonville. Et là, nous sommes dans l’histoire, celle qui sera écrite par des moines.

Des premiers Bouzonvillois, nous ne connaissons pas grand chose et même pas leur nombre. Cependant nous connaissons leur type : celte, gallo-romain, franc-germanique puis lorrain. Ces premiers habitants ont tous eu une influence sur le nom du lieu : Bouzonville

Aux origines de Bouzonville

Les hommes ont donné des noms aux lieux qu’ils occupaient occasionnellement ou de façon permanente. L’étude de ces noms, la toponymie, pour ce qui est de la vallée de la Nied, est complexe du fait de son appartenance à ce qu’on appelle la Moselle francique. C’est une zone de bilinguisme voire de trilinguisme.

Une origine est traditionnelle et orale, elle vient du celte, du francique et du germain. Elle est à consonance germanique : Busendorf-Busendrof ; une autre est d’origine écrite latine qui vient des moines écrivains à consonance plus française : Bosonisvilla-Bouzonville. Ceci existe aussi dans les zones celte-breton/français ou basque/français.

Les transformations ont été nombreuses avant d’arriver à ce qui existe aujourd’hui. De nombreux spécialistes se sont penchés sur la question de l’origine du nom et les explications sont aussi variées que les spécialistes.

Ce qui est commun aux origines c’est la formation du nom avec un préfixe et un suffixe. Il est logique de dire que les premiers habitants ont donné le premier nom. Ces habitants se sont succédés à des époques différentes et pendant des durées différentes mais non déterminées. Tout indique comme vu dans la première partie que les premiers étaient des celtes. Ce sont eux qui ont logiquement donné le premier nom au lieu où ils habitaient ou passaient.

Restons quelques instant sur les préfixes : Bouz – Bus, préfixe instable. « Bous – bus – buss » dont les variantes sont nombreuses, a dans la langue celte le sens de marécage, de zone boueuse (comme Bou de Boulay – voir la monographie de M. Paul Bajetti) . Le mot français boue en vient d’ailleurs. La vallée de la Nied était une zone humide, marécageuse et les habitants étaient installés sur le plateau. Ils habitaient le terrain après la zone marécageuse.

Une autre variante serait que l’origine soit le mot « bos » ou « bovis » les bœufs. L’origine est ici déjà romaine. Dans ce cas, le lieu est celui où s’arrêtaient les bœufs, celui où les bœufs faisaient halte. Bref un endroit sur la voie de communication entre Moselle et Rhin et sur la route du sel où l’on arrêtait son chariot dans une halte, un espèce de relais de poste. Il est possible également qu’il y eut beaucoup de bestiaux sur les herbages. Pour revenir au francique, n’oublions pas que « bautz » a le sens de bovin également.

On arrive ensuite à Boson ou Buoson. Est-ce une simple déformation de bovis ou y a-t-il réellement eu un Boson, fondateur de la ville ? Traditionnellement c’est Boson, prince d’Ardennes, roi de Provence et qui est inhumé à Vienne qui a occupé les lieux. Il y a un autre Boson, petit cousin du précédent qui est inhumé à Saint Rémi à Reims en 935. Il y a d’autres Boson qui n’ont pas laissé de grande trace dans l’histoire. Rien ne prouve que c’est Boson, rien ne prouve non plus que ce n’est pas lui. Il était plus flatteur pour les moines du Moyen Age d’écrire que c’est un prince qui a fondé la ville que de raconter que la ville n’était qu’une halte pour les bœufs ou situé près d’un endroit boueux.

Quant aux suffixes : « villa » vient du romain-latin signifiant ferme ou territoire d’où : territoire, ferme de Boson : Bosonisvilla. Ce peut être aussi : zone peuplée, bourg peuplé. Pour « dorf » le sens en est « village », le « drof » viendrait quant à lui du mot « tropf » de troupe. Le lieu pourrait dans ce cas être un endroit où passent des troupes ayant des bœufs.

On ne peut pas rentrer plus avant dans toutes les explications possibles. On ne demande à personne de choisir. Ce qu’il faut retenir, c’est que comme en beaucoup d’endroits, rien ne s’est fait en un seul jour et que la vérité « unique » n’existe peut-être pas. De toute façon, la localité porte deux noms : Bouzonville et Busendorf. Mais pour venir ici, c’est Bouzonville qu’il faut chercher sur une carte. C’est le nom d’aujourd’hui…

Aux origines de l’Abbaye

A ce moment on passe dans l’histoire parce que nous avons des textes écrits. Encore faut-il parfois démêler ce qui est de l’histoire et ce qui relève de l’embellissement légendaire. Ce qu’on sait vient en droite ligne de ce qu’on appelle la « pancarte » de Bouzonville (XIIème). La transcription a été effectuée par le célèbre Dom Calmet au XVIIIème et l’étude critique par Charles Edmond Perrin au XXème. C’est la base de pratiquement tout ce qui est écrit sur l’origine de l’abbaye.

Quand a-t-elle été fondée ? La date de sa consécration est janvier 1033.

Si elle était terminée à ce moment là, c’est qu’on l’avait commencée avant, probablement vers 1030.

Quelle est la situation à ce moment ? Bouzonville est Lorraine et dépend de l’empire romain germanique. La paix ne règne pas et les habitants vivent plus ou moins misérablement. Les grands, les puissants sont les comtes et évidemment les évêques : ceux qui possèdent les terres. C’est aussi une période de grandes famines et épidémies. C’est à ce moment que se situe la fondation de l’abbaye.

C’est l’œuvre d’Adalbert et de son épouse Judith.

Adalbert d’Alsace est comte de Metz (duc de Basse Lorraine) et marchis (responsable de la marche, c’est à dire de la frontière). Son épouse, Judith, suivant les versions est dite de Luxembourg, de Souabe ou non identifiée.

Le couple va décider de faire construire sur leur possession de Bouzonville une abbaye. Judith en surveille la construction et son époux part en Terre Sainte chercher des reliques pour le futur établissement religieux. Le lieu choisi serait celui de l’emplacement de leur château, sis sur un monticule au bord de la Nied. Durant le temps de la construction, Judith vit dans le château de Vaudreching. On sait qu’au Moyen Age, une femme s’occupait des biens de son époux. Adalbert, partit en Terre Sainte, peu importe la date, en pèlerinage, non en croisade. Sachant qu’un voyage en Terre Sainte dure environ deux ans, ce peut-être le temps mis pour la construction de l’abbaye. Toujours est-il que pour construire l’abbaye ainsi que pour faire un tel pèlerinage, il faut beaucoup de motivations.

Pourquoi la construction de l’abbaye ?

– Dans le contexte de l’époque : durant la première moitié du XIe siècle, l’Europe connut un regain de ferveur qui se traduisit par l’érection de nouvelles cathédrales, abbayes, églises, prieurés (« blanc manteau d’églises »).
– Obtenir la rédemption (pour le salut des âmes)
– Aller en pèlerinage était également un moyen de rédemption
– Aller chercher des reliques pour permettre à d’autres de venir les prier est fréquent au Moyen Age et cet engouement a entraîné des trafics de reliques
– La création d’un monastère est synonyme d’expansion économique : Les moines installés dans les abbayes apportent leur savoir, leurs connaissances, les techniques nouvelles
– La vie doit s’organiser autour du monastère : il faut faire vivre les moines, il faut des paysans et des artisans
– Un monastère qui possède des reliques attire des foules qu’il faut accueillir, restaurer, soigner
– Le monastère à l’endroit où il est placé, si c’est l’emplacement du château a également un rôle défensif ou de péage sur le passage
– Où il y a abbaye, il y a également revenus : dîme, dons…
– L’abbaye sera le facteur de développement du bourg médiéval, et malgré les vicissitudes des temps c’est encore un pôle d’attraction aujourd’hui.
Les moines de l’abbaye furent des bénédictins. Les premiers ont été installés par l’abbé Poppon de Malmédy-Stavelot.

Adalbert avait reçu du patriarche de Jérusalem des reliques et un fragment de la Vraie Croix. Le tout fut placé dans l’abbaye. Celle-ci fut consacrée et dédiée à la Sainte Croix, à Saint Pierre et à la Vierge par l’évêque de Metz, Thierry II de Luxembourg, le 31 janvier 1033.

Adalbert est né au milieu du Xe siècle et la date de sa mort est incertaine (1033-1034-1035?). Judith eut au moins deux enfants : Gérard d’Alsace (Gérard Ier) qui épousa Gisèle et Oda (Uda) qui fut abbesse de Remiremont.

Gérard et son épouse Gisèle eurent de nombreux enfants dont Adalbert d’Alsace, duc de Lorraine et Gérard II de Lorraine, d’Alsace, dit le Grand, comte de Châtenois qui épousa Hedwige de Namur. C’est ce dernier qui est dit premier duc héréditaire de Lorraine et par ailleurs fondateur de la ville de Nancy. Ses descendants sont encore aujourd’hui porteur du nom de Lorraine (Otto de Habsbourg).

Adalbert et Judith sont les grands-parents du premier duc héréditaire de Lorraine. Adalbert est inhumé ainsi que son fils Gérard dans le chœur de l’abbatiale. Judith a été placée « au milieu du monastère » et Gisèle dans la chapelle de Saint Pierre.

Un autre événement important est encore à signaler de cette époque de fondation : le passage du pape Léon IX, en 1049. Ce pape voyageur, a séjourné une nuit au monastère lors d’un périple qui le menait de Reims à Trèves. Les fondateurs ainsi que la consécration de l’abbatiale sont représentés sur les vitraux de la chapelle de la Croix dans l’abbatiale actuelle.

Les anciens, les très anciens Bouzonvillois nous ont laissé un héritage, à nous de le faire connaître et de le préserver.

Documents

Rapport de diagnostic archéologique, Thierry Klag, 2004
Le cimetière mérovingien de Bouzonville. Alain Simmer. 1990 Les Cahiers du Pays Thionvillois, N° 7
Toponymie mosellane, Alain Simmer. 2002
Histoire d’une langue, Gérard Boulangé. 1990 Gau un Griis
Le royaume bosonide, IXe–Xe siècles, Laurent Rippart professeur à l’université de Savoie.
L’étude de la toponymie dans la Moselle francique. Jean-Louis Kieffer. SHAN 1986 N°5
Histoire de la Lorraine, L’époque médiévale. Michel Parisse .1990
La vie monastique en Lorraine. Michel Parissse.
Histoire de la Lorraine, T1, Auguste Digot. 1854
Mémoire de P. A. Bastien, Université de Nancy II 93/94
Les sépultures lorraines, G. Boulangé. 1855
Les ducs de Lorraine, C.B. Noisy. 1860
L’église Sainte Croix de Bouzonville, Eugène Voltz. 1984. Les Cahiers Lorrains
Ancienne abbatiale Sainte Croix, étude préalable à la restauration. Christophe Bottineau. 2003
L’an mil printemps du monde, Georges Duby. Historama février 1985
Bouzonville, son abbaye, Nicolas Dicop. 1978