Le grand Sceau de l’Abbaye

« On m’a offert un jour une copie du grand sceau de l’abbaye de Bouzonville. Son propriétaire me faisait un grand honneur, merci à M. Jean Weber. Cette empreinte sur de la cire rouge était un morceau d’histoire locale. J’ai lu l’histoire de ce sceau dans le livre de l’abbé Dicop sur l’abbaye de Bouzonville et dans différents articles parus ici et là. « 
Marie-Madeleine Heckler

Le mot « sceau »

« Sceau » est un mot d’origine latine « sigillum » qui vient de « signum », c’est-à-dire signe. Autrefois, on pouvait également parler d’un scel, maintenant on parle d’un cachet : celui de la poste faisant foi. L’étude des sceaux porte le nom de sigillographie.

Sceau et sigillum ont une famille de mots commune : scel, scellement, sceller, scelle, desceller, descellement, resceller, sigillographie, sigillé, sigillaire, sigillé.

Vous avez également une plante appelée sceau-de-Salomon, de la famille des liliacées et voisine du muguet, qui porte ce nom.

Qu’est ce qu’un sceau ?

C’est une sorte de grand cachet, gravé en creux dont on fait des empreintes avec de la cire sur des lettres, des diplômes, des actes… pour les rendre authentiques ou pour les clore de façon inviolable. Le même nom est porté par le cachet et par l’empreinte.

Le sceau est essentiellement un moyen de preuve : il garantit la parole donnée. Il sert à identifier et authentifier des actes. La matrice est munie d’un appendice de préhension et de suspension. Il est gardé précieusement pendant sa période d’utilisation, il était souvent brisé à la mort de son possesseur.

Histoire du sceau

On connaît des marques ayant 4 000 ans. Les Égyptiens utilisaient parfois une espèce de bague scarabée. Les Crétois, les Grecs et les Romains scellaient avec des cachets. Les Byzantins, les Vénitiens et l’autorité papale se servaient d’une sorte de pince pour apposer des « bulles » de plomb. En France, ce sont les Capétiens qui ont longtemps utilisé le sceau. Son utilisation diminue à partir du XVIe siècle, au fur et à mesure que le notariat et l’alphabétisation se développent.

La matière

Les plus anciens connus sont en pierre. Au Moyen Age les matrices étaient faites principalement en bronze ou en fer, rarement en argent ou en or.

Les premières empreintes furent marquées dans l’argile puis dans un mélange de cire d’abeille et d’argile. La cire quant à elle fut ensuite mélangée à différents éléments pour la rendre plus solide et pour la colorer. On trouve ainsi des sceaux en cire vierge, verte, rouge, blancs, marrons, noirs, et, plus rarement, bleus ou roses.

Les formes et types

Les deux formes les plus rencontrées sont le rond et l’ovale (dite en navette). On trouve également des formes telles : l’écu, l’amande, le triangle, le losange voire l’hexagone. La dimension était variable mais en rapport avec l’importance du propriétaire. La taille moyenne du sceau des seigneurs est de 6 ou 7 cm.

Le type majesté est réservé au roi. Il y est représenté sur son trône et entouré de ses ornements de la royauté : couronne, sceptre, main de justice.

Le sceau équestre est typique des chevaliers, il montre un cavalier équipé pour la guerre ou pour la chasse.

Le sceau des dames, évêques ou abbés est de type pédestre. Les personnages sont représentés debout, en pied. Les ecclésiastiques tiennent souvent un livre ou une crosse.

Le type armorial porte un blason mais a l’inconvénient de ne pas indiquer les couleurs. Le topographique représente de monuments tels enceintes de villes, tours, ponts, beffroi…

Il y a également les sceaux « fantaisie » mais ils sont trop nombreux pour en faire la liste.

Sceaux pendants ou plaqués

Les sceaux se sont toujours appliqués sur les actes de deux manières :

ils ont été pendants, c’est-à-dire suspendus au parchemin par des liens (des lacs),
ou plaqués, c’est-à-dire simplement fixés à plat sur la pièce.

On a plaqué les sceaux de cire ou d’autre matière molle jusqu’au IXe siècle, où l’on a commencé à les suspendre, mais cette coutume ne devint générale que dans le courant du XIIe siècle.

Enfin, dans la première moitié du XIVe siècle, l’ancien système se montra de nouveau et fut peu à peu adopté par toutes les chancelleries : c’est le seul qu’on suive aujourd’hui.

Le grand sceau de l’Abbaye de 1503

Ce n’est pas le seul que l’on connaisse mais c’est le seul dont on possède la matrice.Il porte la date 1503. Il a donc été réalisé à l’époque de l’abbatiat de Ferry (Frédéric) de Dieuze. L’abbé Dicop nous apprend qu’il fut élu en février 1497. Il vit son élection refusée par le duc René II pour vice de forme. On avait en effet omis de solliciter l’autorisation ducale avant de procéder à la cérémonie. L’élection fut réitérée le 24 août et agréée par le prince. L’abbé mourut en 1505.
Le sceau est un disque de cuivre de 9 cm de diamètre, de 2 mm d’épaisseur et d’un poids de 189 g. La face porte sur son pourtour l’inscription suivante : « SIGILLUM SANCTAE CRUCIS BOSONIS VILLAE ECCLESIAE »
soit : le sceau de l’église Sainte Croix de Bouzonville.

On y reconnaît le Christ en croix, la Vierge et Saint Jean. On peut également y voir le soleil, la lune, des étoiles et deux rosiers.
La représentation du sceau figure au bas du vitrail central du chœur de l’abbatiale, l’inscription de la circonférence y est visible mais pas exactement dans la même position que l’original. Sur le sceau, c’est Sigillum qui est en haut et à droite, sur le vitrail, c’est Bosonis Villae Ecclesia qui sont placés en haut.
Cet objet devait disparaître en 1793 lors d’une foire de la Sainte Croix. Quelqu’un l’aurait emporté et caché. Il réapparut à la fin du XIXe siècle sous la pioche d’un jardinier à Moyenmoutier, pour aboutir par héritage dans la collection d’un professeur parisien.

En 1949 il est revenu à Bouzonville, chez M. Jean Weber, puis a été confié en 1986 aux Musées de Metz. Ce sceau a été prêté par le Musée de Metz à l’association « Autour… de l’abbatiale » pour une exposition d’art sacré lors du Petit Montmartre 2004.

Il a fait l’objet de toutes les attention et de nombreux Bouzonvillois sont venus l’admirer.